Élisabeth Mendomo, dite “Mama Éli” (1936-2018)
par Rose Ndengue
Elisabeth Mendomo est une militante nationaliste camerounaise née en 1936 qui se définissait comme autodidacte. En effet scolarisée uniquement jusqu’au CM2, Elisabeth Mendomo était une ouvrière ayant gravi les échelons du mouvement nationaliste pour y devenir une cadre importante des mobilisations populaires des années 1990 pour l’instauration de la démocratie et du multipartisme au Cameroun.
Portrait d’Elisabeth Mendomo © Reine Dibussi
En effet c’est au début des années 1970, alors qu’elle a immigrée en France et y travaille en tant que ouvrière, qu’elle adhère au mouvement nationaliste, alors que celui-ci est toujours clandestin et en pleine recomposition. Au terme de plus d’une décennie de militance en France au sein de l’UPC-MANIDEM, elle fait partie du contingent des cadres nationalistes dont le parti organise le retour au Cameroun en 1983, après la visite du président Paul Biya en France.
Le retour au Cameroun de « Mama Éli » (comme elle aimait qu’on l’appelle) marque la reprise d’une activité militante nationaliste intense dans le pays, bien que la vie politique officielle soit toujours régie par le cadre du parti unique.
Mama Eli s’installe dans sa région natale de Sangmélima où elle mène clandestinement ses activités politiques.
Quelques mois après son retour, à la fin de l’année 1985, elle, ainsi qu’une dizaine de ses camarades sont arrêté·e·s et torturé·e·s. Au terme de deux semaines de détention arbitraire à Sangmélima et sans avoir été inculpée, elle est transférée à la BMM à Yaoundé, et sera ensuite détenue durant plusieurs à la prison de Nkodengui. Grâce à la mobilisation conjointe des militants de l’UPC-MANIDEM en France et au Cameroun, ainsi que celle des ami·e·s et militant·e·s de droits humains français, Mama Eli et ses camarades seront libéré·e·s en 1986, sans jamais avoir été inculpé·es.
A sa sortie de prison, elle reprend ses activités politiques en faveur d’une libéralisation de la vie politique et de l’instauration de la démocratie au Cameroun. Dans les années 1990, elle a été l’une des artisanes des mobilisations des “années de braise”, au côté des personnalités telles que Célestin Monga, Lapiro de Mbanga ou encore Njeukam Tchaméni. Elle a notamment été Vice-présidente de Cap-Liberté et de l’UPC-MANIDEM.
Tout comme pour le nom de notre Collectif Féministe 1931, nous avons choisi de nommer l’offre de formation « Formations Elisabeth Mendomo », pour honorer le parcours inspirant d’une grande militante Camerounaise/Africaine pour la libération de l’Afrique, la défense des droits humains et les libertés fondamentales. Nous souhaitons que l’Afrique et le monde se rappelle et commémore les identités, organisations et réalisations des femmes qui nous ont précédées dans la lutte pour les droits des femmes, la justice sociale et les libertés fondamentales au Cameroun et sur l’ensemble du continent Africain.

